Tosca, notes de mise en scène

La Belle Hélène, en 2017-2018


Le livret de Tosca est écrit comme une tragédie resserrée, autour de trois personnages principaux. L’action commence l’après-midi du premier jour et finit à l’aube du lendemain. Le rythme est haletant, sans répit dans la composition. La tension monte de manière insoutenable jusqu’au coup de poignard final.
Le sujet est banal : un couple d’artistes amoureux l’un de l’autre, se trouve confronté au cynisme et à la vénalité d’un homme de pouvoir dans un climat politique proche de la terreur. Et pourtant la musique et le livret élève cette histoire au rang d’une tragédie classique.
D’un côté, Mario Caravadossi et Tosca, qui incarnent l’amour, l’art, le rêve, l’esprit de liberté, de l’autre, Scarpia, entouré de sa milice exécutrice des basses œuvres, qui incarne le cynisme, le despotisme, le goût pour la torture morale et physique, Le chant et la scène sont pour Tosca ce que la peinture est pour Mario : une raison de vivre. Ces deux artistes, à l’apogée de leur art, vivent dans un monde riche en émotions créatives et, soudain, ils se retrouvent broyés dans un gant de fer, celui de Scarpia, bourreau éhonté, féroce et retors, dont la jouissance est plus encore de détruire que de posséder.
Scarpia dont le nom évoque la griffe du rapace, est le personnage principal de cet opéra. Comme Iago, Richard III ou Lady Macbeth, il personnifie les forces du Mal, et succombera à ses propres faiblesses en délaissant ses intérêts politiques (la musique ne révèle jamais la moindre passion quand il évoque la poursuite du révolutionnaire Angelotti) pour se consacrer à l’essentiel de sa quête : la souffrance de l’actrice Tosca dont il tire sa jouissance.
La question qui sous-tend la mise en scène est de savoir si la tyrannie et la cruauté l’emporteront toujours sur la liberté, l’art et la beauté ?

Le quotidien de Tosca, avant que Scarpia ne jette son dévolu sur elle, consiste à jouer des personnages, à mettre en scène son existence plutôt qu’à la vivre, comme Mario baignant dans un monde sublimé en peignant ses fresques. « Ce sont de doux rêveurs » dirait le commun des mortels.
Scarpia va crever la bulle dans laquelle ils évoluent, les ramener dans un réel violent et glacé, et offrir à l’actrice son plus beau rôle, en la confrontant à un dilemme cornélien : se donner à Scarpia pour sauver Mario, ou signer l’arrêt de mort de son amant en ne cédant pas. Mais là, il ne s’agit plus de jeu, mais de choix entre deux réalités sordides. En tuant Scarpia, elle choisit une échappatoire au conflit mais la réalité la rattrapera à la fin de l’opéra