Le décor dans Carmen


Le désir de transposer Carmen dans un univers Sud américain, fantasmé et atemporel m’intéresse. J’envisage donc une scénographie à la hauteur de cette volonté, dans un univers populaire, une sorte de monde composite, de matières brutes et d’éléments de récupération, mouvants et grouillants, à l’image des Favelas, un patchwork de tôles rouillées et de tissus colorés, un monde véritablement vivant qui se transforme sous nos yeux, et matérialise les différents tableaux, une joyeuse et loquasse imbrication de matières usées et de couleurs chaudes, poésie visuelle brutale et charmante.

En reprenant l’image de certains univers urbains Sud Américains à flanc de montagne, où les constructions informelles vont jusqu’à grimper sur celle-ci, le décor serait sous l’élan d’un dynamisme expansionniste, dans cette rythmique verticale, avec différents niveaux de praticables. Les quatre tableaux sont en effet matérialisés par divers agencements de plateaux se déployant dans l’espace ; ces éléments aux formes et hauteurs non régulières, sont à l’image de ces environnements populaires sud-américains. La forme architecturale est suffisamment informelle et spontanée, dans son déploiement sinueux, pour développer un caractère véritablement vivant, organique.

Les éléments constitutifs de la scénographie se dessinent selon des lignes courbes, à l’image de la féminité de Carmen qui domine toute l’histoire. Dans ces espaces créés, on retrouve des formes sinueuses évoquant les ruelles des favelas, les chemins montagneux, ou la figure du cercle, idée de la place de village sur laquelle les échanges et les rencontres se font mais aussi de l’arène où les passions s’affrontent.