La scénographie



Décor pour la Traviata

Concernant le décor, Bernard Jourdain savait exactement ce qu’il voulait en terme de matière et d’éléments : le miroir, d’esthétique très épurée et les paravents.
Il ne me restait qu’à mettre cela en forme. Loin d’un lourd décor Napoléon III, il rêvait d’un dispositif sobre, suffisamment souple pour glisser d’un acte à l’autre et esquisser de simples indications d’univers clos ou ouverts, simples ou luxuriants.

Compte tenu du sol en miroir brisé, je savais déjà que la lumière fournirait l’essentiel du climat. Il ne me restait qu’à lui proposer quelques supports, des angles, des volumes auxquels s’accrocher.

Violetta fait avant de mourir un retour sur sa vie passée. Elle ne s’embarrasse donc pas de détails et garde essentiellement des impressions : des hommes en noirs, menaçants, des femmes parées, toutes semblables dans leur désir d’être belles, souvenir fâné, dont la couleur s’efface graduellement, en dépit d’éclats renvoyés par des bijoux trop voyants. Tout est dans l’apparence, le désir de séduction, l’excès. Je retranscrirai cette réminiscence, en uniformisant les tissus, les couleurs, en posant sur les têtes les mêmes teintes de cheveux. C’est un rêve, parfois souriant, parfois atroce.

Sur le noir des hommes, l’ensemble des costumes de femmes mêlera drapés souples et manches soyeuses, dans des couleus sourdes, dominées par le bleu froid, acier, pétrole, à peine teinté de mauve pour les scènes les plus douces.

Comme pour le décor, nous évitons les références historiques pour voyager dans un monde ouvert sur l’onirisme.

Isabelle Huchet