La Traviata, ou Le miroir brisé

Les seize premières mesures, communes aux actes un et trois, nous disent avec évidence que tout est consommé, et que les trois premiers tableaux ne sont qu’un ultime regard jeté par Violetta sur son passé.

Pendant cette ouverture, le spectateur la découvre allongée, mourante, attendant désespérément le retour de son amant en relisant ses lettres.
Des images de sa vie passée affluent, le premier acte peut commencer.

Le décor reflètera l’univers mental de La Traviata. Son équilibre fragile a volé en éclats avec l’irruption de l’amour dans sa vie au début de l’acte I. A l’horizontal, le sol représentera un immense miroir brisé dans lequel l’héroïne scrutera son âme fissurée.







A la verticale, nous placerons des paravents, symboles de la vie dissimulée, de faux-semblants; ce paravent derrière lequel la courtisane ou demi-mondaine se dévêt avant de retrouver son amant dans l’alcôve, derrière lequel elle pratique un commerce « honteux », sera le symbole d’une époque qui corsète les pulsions sous un ordre moral rigide.

Bernard Jourdain