Norma, la mise en scène



L’oeuvre est à la fois classique et romantique. La musique de Bellini, composée juste après la bataille d’Hernani, est caractéristique du grand mouvement romantique qui s’épanouit en Europe. Et pourtant, le socle de cet opéra, l’histoire qu’il raconte, est inspiré d’une tragédie classique à succès. Deux courants artistiques s’opposent, comme s’affrontent des sentiments contraires dans l’intimité des personnages.

Comme dans toute bonne tragédie classique, le conflit intime est masqué par la position sociale : la grande prêtresse qui a fait voeu de chasteté, cache à son père, à son peuple, l’existence de ses enfants, sa vie secrète avec Pollione. Pollione lui, cache à Adalgisa son engagement envers Norma. Adalgisa se consume de culpabilité parce qu’elle aime un homme au lieu de se consacrer à Dieu. Tous portent une dualité, se dissimulent derrière un masque.
Ce qui nous a amenés à concevoir les deux lieux de vie de Norma : le monde extérieur (lieu de culte) et le monde intime (l’antre secret) comme un seul décor.
Un long chemin en pente mène jusqu’à l’autel sacré, comme au creux d’un vallon. Cette même pente mène à la chambre de Norma, à son lit, comme si, en descendant vers son lieu de vie, on s’enfonçait dans les entrailles de la terre, en enfer.

Nous avons choisi de respecter les choix des auteurs et de situer l’action à l’époque gauloise, mais telle que la voyaient les romantiques. Le livret, la musique, sont en effet ancrés dans un double contexte historique : 1831 empreint d’un romantisme échevelé et l’imaginaire « gaulois » de cette époque-là.